La banque privée zurichoise Julius Bär se retrouve à nouveau dans la tourmente. Selon le portail financier Tippinpoint, l’établissement gérait un compte appartenant à Ekaterina Sergeevna Vinokurova, la fille du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Cette information a été transmise à la Finma en mars 2025 par un lanceur d’alerte, via une plateforme sécurisée.
Julius Bär affirme avoir mis un terme à cette relation bancaire en mars 2022, peu après le début de l’invasion russe de l’Ukraine. A ce moment-là, Ekaterina Lavrova ne figurait pas encore sur les listes internationales de sanctions, ce qui n’a été le cas qu’à partir d’avril 2022. Née à New York en 1982, elle y résidait avant la guerre, alors que son père y exerçait en tant que diplomate.
Un risque jugé «faible»
Ce qui intrigue aujourd’hui, c’est l’appréciation du risque alors retenue par la banque: malgré les liens directs de son père avec Vladimir Poutine, Julius Bär aurait classé cette cliente comme présentant un «risque faible», selon les documents évoqués par Tippinpoint. Une erreur d'appréciation potentiellement lourde de conséquences, attribuée au Chief Risk Officer Oliver Bartholet. Ce dernier quittera la direction de la banque cet été et prendra sa retraite à la fin de l’année.
Pour l’heure, il est impossible de savoir si cette affaire entraînera des mesures de la part de l’autorité de surveillance des marchés financiers. «Nous confirmons qu’aucune demande ni procédure en cours de la Finma ne nous a été communiquée à ce jour. Nous avons transmis le signalement reçu à la Finma», a indiqué Julius Bär à Tippinpoint.
Une série de scandales pour Julius Baer
Cet épisode intervient dans un contexte déjà tendu pour la banque zurichoise. Il y a une semaine, Julius Bär a dû passer une correction de valeur de 130 millions de francs sur son portefeuille de crédits, une décision non liée à l’affaire Ekaterina Lavrova.
Plus marquant encore, le rôle de la banque dans la chute de l’empire immobilier de René Benko. Julius Bär avait lourdement investi dans le groupe Signa de l’entrepreneur autrichien, et a dû déprécier près de 600 millions de francs. Cette débâcle a conduit au départ de plusieurs hauts responsables, dont l’ancien CEO Philipp Rickenbacher. Le président du conseil d’administration, Romeo Lacher, a, lui aussi, quitté ses fonctions, renonçant à se représenter.