Quand leur fille a dû parler de relations lesbiennes à l’école, la famille Huffmann a décidé qu’elle en avait fini avec les Etats-Unis. Pour ces Texans conservateurs, leur pays, devenu trop «woke» était méconnaissable. Plutôt que de partir au Canada, ils ont fait un choix radical et inattendu: déménager en Russie, dans la petite ville d’Istra, près de Moscou.
Cette famille de cinq personnes rêvait d’une vie paisible, en accord avec ses convictions traditionnelles. Mais ce rêve a vite viré au cauchemar. Derek Huffmann, le père, se retrouve aujourd’hui à se battre pour sa vie… sur le front en Ukraine.
Le fusil contre l'emploi civil
A l’origine, Derek Huffmann n’était pas venu en Russie pour combattre. Il avait accepté un poste de soudeur, un travail civil. Mais très vite, la situation a basculé et ce qui devait être un nouveau départ pour lui et sa famille s'est terminé sur le front. Selon le Daily Mail, il aurait d’abord été chargé de rédiger des rapports de guerre, avant de suivre une formation militaire sommaire, en russe.
Son dernier signe de vie: une vidéo émotive envoyée à l’occasion de la fête des Pères, dans laquelle il apparaît en tenue de camouflage, adressant quelques mots à sa famille. Depuis, plus aucune nouvelle. Ses proches assurent qu’il est en sécurité, mais aucune preuve n’a été fournie.
Son histoire s’inscrit dans un programme de visas mis en place par le Kremlin, visant ouvertement les ressortissants occidentaux aux idées conservatrices. Ce qui ressemble à une nouvelle vie pleine de promesses se termine parfois dans les tranchées. Ces programmes servent de vivier de recrutement pour l’armée russe, qui préfère miser sur la quantité plutôt que sur la qualité.
Besoin urgent de ravitaillement
Pour son offensive estivale de 2025, la Russie aurait besoin d’environ 40'000 soldats supplémentaires chaque mois, selon l’Institut pour l’étude de la guerre (Institute for the Study of War). Au printemps, Vladimir Poutine a mobilisé 160'000 conscrits, d’après «Deutsche Welle». A ces recrues s’ajoutent les soldats sous contrat, qui peuvent s’engager jusqu’à 65 ans. Pour les attirer, les autorités russes ont doublé les salaires en 2024: un soldat en première ligne gagne aujourd’hui environ 1800 francs par mois. Autre incitation: le service militaire permet à certains délinquants d’échapper à des peines de prison.
Cette campagne de recrutement massive s’avère redoutablement efficace. Pour Derek Huffmann, le Texan exilé, le rêve d’un nouveau départ s’est transformé en impasse. Sa famille, restée en Russie, attend toujours de ses nouvelles.