Il y a des nuits où un seul homme suffit à faire basculer un Mondial. Samedi, à Kansas City, Eloy Room a vécu l'une d'elles. Le gardien de Curaçao, 37 ans, a sorti 15 arrêts face à l'Équateur pour arracher un 0-0 héroïque et offrir à son île son tout premier point en Coupe du monde. Cinq jours plus tôt, la même équipe s'était pourtant fait étriller 7-1 par l'Allemagne. Autant dire que personne ne donnait cher de sa peau.
Le scénario tient du gag: l'Équateur a bombardé le but adverse toute la soirée. Quinze tirs cadrés, du jamais-vu dans un match de Mondial sans le moindre but marqué depuis... 1966. En face, Eloy Room a tout repoussé. Un arrêt réflexe sur Valencia, une parade à bout portant, un dernier ballon claqué dans les arrêts de jeu: l'homme était dans une bulle.
Mais le plus drôle, c'est l'après-match. Plutôt que de savourer son exploit, le héros a fait la moue. Avec ses 15 parades, il égalait le record de Tim Howard, établi en 2014 lors de l'épique USA-Belgique. Sauf que l'Américain, lui, avait eu droit aux prolongations: 120 minutes contre 90 pour Room. «Je suis un petit peu agacé de ne pas avoir battu le record», a lâché le portier en rigolant.
Et d'imaginer la scène, hilare: «Je pense qu'il transpirait devant sa télé en regardant le match». Room en a remis une couche en réclamant, le sourire jusqu'aux oreilles, «une statue à Curaçao».
Pour une nation de 150'000 âmes, la plus petite jamais qualifiée pour un Mondial, le bonhomme n'a peut-être pas tort. En quelques heures, ses abonnés Instagram ont explosé. Élu homme du match, Room résumait sa soirée à sa façon: «Pour un gardien, c'est presque le match parfait.» Presque. Il lui manquait juste ce fichu record. Et la statue.