Le ski alpin va-t-il bientôt s'adapter au rythme du cyclisme ou du hockey sur glace? Dans ces deux sports, il est de tradition d’organiser un championnat du monde chaque année. C’est désormais aussi le projet de la Fédération internationale de ski (FIS), sous la direction de son nouveau président, Alexander Ospelt. Avec une nuance toutefois: ces Mondiaux annuels n’auraient lieu que les années sans Jeux olympiques.
Jusqu’à présent, les championnats du monde de ski alpin se disputent tous les deux ans. Après les Mondiaux 2025 à Saalbach, en Autriche, les prochains auront lieu en 2027 à Crans-Montana. Mais ceux de 2028 pourraient-ils déjà suivre? La FIS ne prévoit officiellement d’adopter ce nouveau rythme qu’à partir de 2032. Mais son calendrier reste flexible: l’une des options à l’étude consisterait à instaurer des championnats du monde annuels dès 2028.
«Le titre de champion du monde perdrait peu à peu de sa valeur»
Le projet de la FIS fait l’effet d’une bombe. Au point que l’un des poids lourds du ski mondial, la Fédération autrichienne, monte déjà au créneau. Dans un communiqué, elle dit avoir pris connaissance de ces intentions «avec intérêt et une certaine surprise».
Les Autrichiens sont clairement opposés à un rythme annuel pour les Mondiaux. «Un championnat du monde doit rester un événement exceptionnel. De notre point de vue, une organisation quasi annuelle comporte un risque important d’inflation et, par conséquent, de dévalorisation progressive de la portée sportive d’un titre de champion du monde.» Un titre mondial qui finirait par ne plus valoir grand-chose? La comparaison avec le hockey sur glace vient forcément à l’esprit.
La Fédération autrichienne estime également qu’un nouveau rythme des championnats du monde pourrait affaiblir la Coupe du monde. «S’il y a soit des Jeux olympiques, soit des championnats du monde presque chaque saison, le risque est grand que l’importance des différentes saisons et des épreuves de Coupe du monde s’en trouve diminuée», explique la fédération autrichienne.
Beat Feuz, 39 ans, n’est lui non plus pas favorable à des Mondiaux annuels. « resque tout ce qui est trop fréquent est mauvais», estime la légende du ski. «C’est pourquoi je me suis toujours opposé aux doubles descentes à Wengen. Le football montre l’exemple: une Coupe du monde ou un Championnat d’Europe tous les deux ans, et même ceux qui ne s’intéressent habituellement pas au football s'y intéressent. C’est beaucoup plus exclusif.»
Dominik Paris propose une tout autre solution
Devenir champion du monde chaque année, comme en cyclisme? Très peu pour Dominik Paris. Le skieur italien de 37 ans, toujours en activité, estime que le titre perdrait de sa valeur. Le champion du monde de super-G 2019 explique à Blick: «Le titre perdrait de sa valeur.»
Dominik Paris va même plus loin: «Si l’on envisage déjà des championnats du monde annuels, le titre ne devrait pas être décerné à l’issue d’une seule course, dans laquelle le hasard, notamment la météo, peut jouer un rôle. Il faudrait plutôt réfléchir à un concept similaire à celui de la Formule 1.»
Dans cette discipline, c’est le pilote le plus régulier sur l’ensemble de la saison qui est sacré champion du monde. Faire du vainqueur du classement général de la Coupe du monde le champion du monde de ski alpin: pour Dominik Paris, la logique serait finalement imparable.
La FIS ne devrait toutefois pas créer un titre supplémentaire. Car avec ce projet de Mondiaux annuels, c’est aussi une idée de l’ancien président de la FIS, Johan Eliasch, 64 ans, évincé en juin, qui semble avoir été discrètement enterrée.
Le milliardaire aux nationalités suédoise, britannique et géorgienne rêvait, durant son mandat, des «FIS Games». Une sorte de mini-Jeux olympiques réunissant toutes les disciplines des sports de neige. Le ski alpin, le ski de fond, le saut à ski et les différentes disciplines du snowboard auraient ainsi dû se retrouver au même endroit pour se disputer des médailles. Saint-Moritz avait un temps été pressenti pour accueillir la première édition, en 2028.
Mais les FIS Games appartiennent déjà au passé avant même d’avoir vu le jour. Le même sort attend-il désormais les championnats du monde annuels?