A Lausanne, la crise s’aggrave au sein de la Police municipale. Une conférence de presse municipale aura lieu à 13h30 autour du dossier Mike Ben Peter, Nigérian de 39 ans décédé en 2018 après une interpellation anti-drogue au cours de laquelle il a notamment été plaqué au sol.
La rumeur d’une «révélation fracassante» agitait Lausanne depuis plusieurs jours. Elle se confirme avec ce rendez-vous face aux médias. La Municipalité indique avoir pris connaissance de «messages transmis par le Ministère public au Corps de police» dans le cadre du dossier de l’ex-policier municipal photographié, pouce levé, devant un graffiti en hommage à Mike Ben Peter. L’exécutif lausannois se présentera in corpore pour détailler l’affaire et les décisions qui en découlent.
Dialogue rompu entre police et autorités
Dimanche, le syndicat des fonctionnaires de police (AFPL) a publiquement exprimé son inquiétude quant à ce qui pourrait être dévoilé lundi. «N’y allons pas par quatre chemins: la police de Lausanne est en crise. Le dialogue est rompu entre la Police et ses autorités politiques; la communication qui sera faite demain en est la démonstration», écrit le syndicat.
Dans un communiqué nourri, son président, Cyril Portmann, dépeint des effectifs opérationnels en érosion à la suite de «nombreuses vagues de départs», des attentes «toujours plus fortes» en matière de lutte contre le trafic de rue, un focus extrême sur les affaires de stupéfiants et un soutien psychologique jugé insuffisant au regard des missions confiées aux agents.
Le syndicat s’alarme aussi de suspensions «pour des raisons qui semblent peu claires» et de décisions prises «de manière hâtive, voire arbitraire». Tout en rappelant qu’«en cas de violation de la loi ou des devoirs professionnels», les enquêtes sont «évidentes et nécessaires», l’AFPL met en garde contre des annonces «prématurées» qui «arriveraient davantage dans le cadre d’un calendrier politique que dans l’intérêt des employés et de la population lausannoise».
Week-end sous haute tension
Plusieurs faits dramatiques se sont télescopés ce week-end dans la capitale vaudoise. Dans la nuit de samedi à dimanche, un jeune de 17 ans est décédé alors qu’il circulait au guidon d’un scooter volé, poursuivi par la police. Ce drame rappelle celui des Plaines-du-Loup, où Camila, 14 ans, avait perdu la vie lors d’une poursuite en deux-roues sans casque.
Dimanche 24 août au soir, des émeutes ont éclaté dans le quartier de Prélaz. Un bus des transports publics lausannois a été saccagé et recouvert du slogan «La police tue RIP» – des dizaines de tags similaires ornent le quartier. Les autorités n’ont pas, pour l’heure, détaillé l’ampleur des dégâts.
Le rapport sur la mort de Roger Nzoy Wilhelm dévoilé ce lundi
Lundi, le climat sera aussi marqué par la présentation publique du rapport de la Commission indépendante chargée de faire la lumière sur la mort de Roger Nzoy Wilhelm, décédé le 30 août 2021 à la gare de Morges, où un agent de la police régionale lui avait tiré dessus à trois reprises. Réalisée en collaboration avec Border Forensics, la contre-enquête s’est étalée sur deux ans. Ses conclusions, très attendues, risquent d’ajouter une nouvelle couche de tension à un paysage sécuritaire déjà sous pression.
Entre l’annonce municipale autour du dossier Mike Ben Peter, les alertes du syndicat, le choc du décès du mineur et la publication du rapport sur Roger Nzoy Wilhelm, Lausanne traverse un moment de vérité pour sa police municipale. La conférence de presse annoncée devrait préciser les mesures prises en interne. Le syndicat, lui, promet de «veiller» au respect des droits fondamentaux des agents et de pousser à un audit indépendant.